jeudi 22 novembre 2007

L'analyse technique est-elle plus efficace que l'analyse fondamentale ?

Ce débat ancien entre la supériorité de telle ou telle méthode d'analyse, devient lassant et montre la paresse intellectuelle de certains individus pourtant formés dans les meilleures écoles. Comment se fait-il qu'une méthode efficace soit autant décriée ? Dans les pays anglo-saxons, l'analyse technique est de plus en plus intégrée dans les cours universitaires et toutes les gestions l’utilisent sans s'en cacher. En France, le pays de Descartes, il semble honteux d'avouer utiliser cette méthode analyse. Un gérant interrogé sur Bloomberg affirmait sans ambages que l'analyse technique était une boule de cristal et que sa performance s'expliquait essentiellement par l'utilisation de l'analyse fondamentale.

J'ai assisté dernièrement à une réunion réunissant plusieurs analystes techniques de haut vol. A la fin de la réunion, plusieurs analystes ont fait le point sur la profession et surtout la manière dont cette méthode d'analyse était perçue par les gérants de portefeuille et autres traders. L'intervention d'un analyste m'a rappelé les propos tenus par le chercheur Olivier Godechot dans son livre sur la sociologie des traders. Cet analyste expliquait que sa performance était largement supérieure à celle des économistes de marché et autres analystes financiers. Ces propos ne m'étonnent guère car l'analyse technique est une méthode extrêmement pragmatique qui s'intéresse essentiellement à l'évolution des cours. De même, la performance de cette méthode d'analyse expliquerait son utilisation accrue par une partie non négligeable de la profession financière. Analyste technique auprès de plusieurs cabinets de premier plan, j'ai eu l'occasion de conseiller de nombreux gérants et traders. Lorsque les marchés décalaient fortement, les gérants étaient toujours à la recherche d'informations et me posaient la sempiternelle question : pourquoi ? Je répondais justement qu'il n'y avait pas nécessairement de raison derrière un décalage brutal des cours boursiers et qu'il fallait simplement prendre comme référence l'évolution des cours boursiers qui contenait toute l’information nécessaire à la prise de décision.

Pourtant, certains gérants de portefeuille semblent encore réfractaires et mettent en avant la « supériorité scientifique » de l'analyse fondamentale. Olivier Godechot a relevé ce phénomène lors de son étude en situation dans une salle de marché et donne l'exemple d'un trader polytechnicien qui avait un dédain certain pour cette « méthode naïve ». Ce dernier reprochait même à son collègue, un agrégé de philosophie, son utilisation et ne comprenait pas pourquoi une personne brillante sur le plan intellectuel pouvait vendre son âme en l’utilisant. Pourtant, les traders interrogés par Godechot expliquaient que l'analyste technique de la salle de marché avait raison dans 60/70% et qu’il se trompait beaucoup moins que l'économiste de marché. Apparemment, cet argument ne semblait pas suffire.

Loin de moi l'idée de remettre en question l'analyse fondamentale. D'ailleurs, je ne doute pas de son efficacité économique et sociale. Néanmoins, dans mon livre l'art du trading, j’ai cherché à démontrer que les arguments utilisés par certains gérants de portefeuille et autres analystes financiers étaient non avérés et non fondés. Je me suis basé pour cela sur les travaux de la théorie néoclassique qui fondent scientifiquement l'analyse fondamentale. La théorie néoclassique explique qu'il est impossible d'utiliser une méthode d'analyse pour battre les marchés (analyse fondamentale compris). Certains travaux de recherche réalisés par des économistes (Meese et Rogoff) vont même plus loin : ils expliquent qu'un modèle utilisant de simples moyennes mobiles serait plus efficace qu'une méthode basée sur l'analyse fondamentale pour prédire les taux de change à court terme. Dès lors, l'argument des gérants et des analystes financiers qui consiste à dire que l'analyse fondamentale est solide car elle est appuyée par des travaux académiques solides est une pure création de l’esprit. Elle est sans doute beaucoup plus familière pour ces gérants et analystes mais son efficacité n’est en rien avérée. Je suis plus que convaincu de la nécessité pour tout trader, analyse et gérant de maîtriser cette technique d'analyse des cours boursiers.

Par Thami Kabbaj
Agrégé de l'Université
Directeur de collection - Editions d'Organisation/Eyrolles
Auteur du récent livre : "L'art du Trading"
http://www.thamikabbaj.com/

Aucun commentaire: