La Suisse attire par centaines les professionnels de la finance venus de l’Hexagone. Gros plan sur une population qui lutte pour rester discrète. Et n’apprécie guère qu’on l’accuse de faire flamber les loyers
«Paris est une place morte», déclare Georges Lambert, fleuron français de la finance passé par Los Angeles et Londres, nommé parmi les 75 «top guns» des analystes européens par la firme Brendan Wood. A 33 ans, ce vice-président de Capital International, société américaine spécialisée dans les placements à long terme, s’est fixé une règle d’or pour gérer sa carrière: éviter la France. Depuis un an, il est installé à Genève, qui devient un aimant pour les spécialistes français les plus chevronnés et les mieux payés.
Entre 2005 et 2009, plus de 4000 financiers étrangers se sont délocalisés dans la cité lémanique. Dans le même temps, «2000 emplois en gestion d’actifs ont été perdus à Paris», avance un acteur de la branche qui s’est exilé à Munich. Les Français dominent largement le contingent de financiers expatriés à Genève: l’an dernier, sur 199 entrées de professionnels de la banque ou de l’assurance, 80 venaient de France, 42 de Grande-Bretagne, 19 d’Espagne, et moins de 10 pour chacun des autres pays concernés.
«Les jeunes partent parce qu’ils veulent des postes qui n’existent pas en France, ils n’ont pas le choix», constate un ex-analyste parisien de 44 ans, reconverti dans une entreprise du CAC 40 pour pouvoir rentrer au pays. «Paris est saigné à blanc par la concentration bancaire, des produits standards, structurés, sans risque, qui nécessitent moins de gens brillants. Rationnellement les chiffres pour Paris sont OK, santé, éducation, immobilier, mais la place se meurt.»
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