Depuis la révélation de la perte de près de 5 milliards d'euros enregistrée par la Société Générale, le "cas" Jérôme Kerviel ne cesse d'intriguer, alimentant la machine à fantasmes. Pour mieux comprendre la dimension humaine de cette affaire hors normes, "Les Echos" ont demandé à trois bons connaisseurs du monde des traders - Eric Reinhard, Olivier Godechot et Thami Kabbaj (lire leurs biographies plus bas) - de confronter leurs points de vue. Le 24 janvier 2008, la Société Générale annonçait que la "fraude" d'un trader, Jérôme Kerviel, lui avait fait perdre près de 5 milliards d'euros. Deux semaines après, que retenez-vous de cette affaire ?
Thami Kabbaj : Un homme seul peut mettre en péril une banque. Au début, beaucoup disaient que c'était impossible. Mais, au fil des jours, des éléments ont montré que Jérôme Kerviel venait du back-office, là où sont vérifiées et enregistrées les opérations des traders, qu'il connaissait parfaitement les rouages du système, qu'il n'avait pas pris de vacances. Ces informations ont accrédité la thèse d'un trader fou, même si je n'y crois pas trop. Toutefois, je pense que les marchés peuvent rendre quelqu'un irrationnel.
Olivier Godechot : Ce qui me frappe, c'est qu'une faute professionnelle finalement assez banale puisse conduire à des événements d'une telle importance. Au-delà du trou, c'est toute la finance à la française, qu'on disait excellente, qui est touchée.
Eric Reinhart : J'observe de troublantes similitudes entre Jérôme Kerviel et l'un des personnages de mon roman "Cendrillon". Ils présentent le même profil psychologique et sociologique : tous deux sont issus des classes moyennes, avec des diplômes peu valorisés. Jérôme Kerviel, comme mon personnage, commence au middle-office et se sent exclu des traders. Pour se faire intégrer dans cette caste des aristocrates de la banque, il se dit qu'il faut faire un coup d'éclat spectaculaire. Avec une certaine naïveté, il semble qu'il ait voulu surprendre. J'ai toutefois été quelquefois gêné par son traitement dans les médias : on l'a décrit comme un trader fou et, en même temps, comme un employé subalterne. Cette affaire montre surtout comment quelqu'un d'assez ordinaire peut, petit à petit, rentrer dans une mécanique assez pernicieuse, qui devient démente !
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http://www.lesechos.fr/info/finance/300240406.htm
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